Thirst // Jajda

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Thirst nous emmène en Bulgarie contemporaine, dans la campagne pauvre et aride. Une famille subsiste difficilement sur une colline en blanchissant blanchit les draps des hôtels des alentours. C’est la crise lorsque l’eau, élément indispensable pour laver les draps, vient à manquer, lorsqu’une sécheresse terrible s’abat sur la région.

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La famille fait alors appel à un puisatier, qui vient avec sa fille, une jeune adolescente sourcière ; ils s’installent et commencent à creuser pour exploiter le puits découvert.

Commence alors une cohabitation tendue entre les deux familles : l’ambiance est lourde, des amourettes se forment. La fille s’avère être assez manipulatrice, et martyrise le grand adolescent roux.

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On assiste à un très beau film ; la photographie est particulièrement magnifique, et l’on a notamment apprécié les nombreux gros plans « portraits ».

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A chaud, nous ne sommes pas certains d’avoir tout compris : les personnages ne sont jamais nommés, et de fréquentes discussions sur le religion donnent au film un aspect assez mystique. Il s’agit certainement d’une allégorie, mais son détail nous échappe…

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L’avis partagé par Antoine et Arthur : 4 patates. Malgré le fait que nous n’ayions peut-être pas tout compris, Thirst gagnera certainement la Patate d’Or de la photographie, lorsque celle-ci sera remise.

Par son rythme plutôt lent, et par le cadre (un village isolé dans la montagne), ce film nous a rappelé certains films nordiques vus à Lübeck (voir posts précédents sur notre blog).

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Titre original :  Jajda 
Réalisé par Svetla Tsotsorkova
Bulgaria, 2015

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The Birth of Saké

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Ce documentaire, financé en partie par une campagne Kickstarter, nous présente une brasserie de saké traditionnelle (la brasserie Tedorigawa/Yoshida), dans le nord du Japon.

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La fabrication traditionnelle du saké, un art millénaire, repose sur de très nombreuse étapes de transformation, très manuelles et laborieuses : polissage du riz, étuvage, extraction et fermentation.

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Pour mener à bien ce processus, les 10 membres de la brasserie travaillent continûment pendant 6 mois de l’année (de 4h30 du matin à 23h, d’octobre à avril). Ils vivent alors en communauté fermée dans la brasserie, loin de leurs familles et de leurs amis.

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The Birth of Saké raconte se concentre sur cet aspect de cette aventure humaine plus que sur les secrets de la fabrication du saké : le fonctionnement de la communauté resserrée, le parcours individuel de chacun des employés. Il illustre le Japon traditionnel, si précieux mais très menacé par l’industrialisation.

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L’avis d’Antoine et Arthur : 4 patates. Nous avons aimé plonger dans cet humanité, vivre les destins de ces hommes. Le tout manquait malheureusement de structure, et même si l’on plonge dans un univers passionnant, on regrette le manque de profondeur du traitement. Enfin, les brasseurs (très) amateurs que nous sommes ont regretté l’absence de détails plus précis sur le processus de fabrication.

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Titre original : The Birth of Saké
Réalisé par Erik Shirai
USA, 2015

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The Prosecutor The Defender The Father and His Son

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Notre premier film lors du festival de Göteborg 2016, et notre préféré de la première journée : au tribunal international de la Haye, le jugement d’un criminel de guerre serbe sort de l’impasse lorsqu’un nouveau témoin est présenté, qui est le premier à identifier l’accusé.

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Ce film basé sur des faits réels. La procureur Catherine Lagrange (Romane Bohringer) pense avoir trouvé un témoin pour incriminer Milorad Krstić, dont elle mène le procès : il s’agit de Deyan Palić, un jeune bosniaque trouvé dans la prison de Sarajevo et ayant supposément combattu sous Krstić. Son témoignage accable le serbe, et donne enfin à l’accusation des éléments solides pour le faire condamner. Malheureusement, la crédibilité du jeune bosniaque va être réduite à néant par l’avocat de la défense. Celui-ci part enquêter en Bosnie, où il retrouve la famille du jeune homme et arrive à montrer qu’il a été acheté pour faire un faux témoignage.

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Ce film captivant présente plusieurs intérêts.

Tout d’abord, il nous plonge dans l’horreur de la guerre serbo-bosniaque, très proche de nous géographiquement et datant d’à peine 20 ans. La plupart des protagonistes en ont souffert, soit directement, soit en étant les enfants d’immigrants ayant fui ses horreurs.

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Par ailleurs, le théâtre principal de l’action est un tribunal, avec ses luttes internes et ses drames humains. On en découvre toutes les contradictions : les difficultés à appliquer la justice dans un pays qui n’est pas le sien et dans une culture qui n’est pas la sienne ; la froideur bureaucratique d’une institution qui contraste avec les émotions fortes des individus ; la corruption inévitable d’un système de justice qui va des prisons serbes à La Haye.

Un très bon début ! Nos avis et nos notes sont plus bas…

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L’avis d’Arthur : 5 patates ! Un film intelligent, des personnages bien construits, et un contexte historique complexe et émouvant. Plutôt qu’un héros autour duquel orbitent des personnages secondaires, on découvre 4 personnages complexes, dont on arrive à comprendre les motivations et à accepter les défauts. Le contexte historique lourd (conflit entre Bosniaques et Serbes) exacerbe la gravité de la situation sans pour autant être lourd.

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L’avis d’Antoine : de l’émotion, une grande justesse du jeu d’acteur, 5 patates !!!

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Titre original : The Prosecutor the Defender the Father and His Son
Réalisé par Iglika Triffonova
Bulgarie/Suède, 2015

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L’Islande à l’honneur ! Bilan des 57ème « Nordische Filmtage Lübeck » (NFL)

Ce weekend, nous étions à Lübeck, au nord d’Hambourg, pour le 57ème Festival du film nordique de Lübeck.

Qualité de la programmation : 5 patates
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Ambiance dans les salles : 4 patates
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La Trave, Lübeck

A Lübeck

C’est « Returning Home // Die Rückkehr », un film à petit budget du jeune réalisateur Henrik Martin Dahlsbakken, qui a reçu le principal, le NDR Film Prize. Coup de chance ou coup de génie, il faisait partie de notre sélection, et nous l’avons vu ! (notre avis ici)

On notera aussi que l’Islande était venue en force (13 films, dont 4 en compétition), et que ça a payé. Fúsi, de Dagur Kári a remporté le Prix du Public (Lübecker Nachrichten Audience Prize) et le Interfilm Church Prize, et a vu Gunnar Jónsson récompensé pour son rôle principal (on l’a vu aussi!). Un 2nd film islandais, Rams, de Grímur Hákonarson, a aussi été récompensé avec le Prix Baltique.

Pour la liste de tous les films récompensés, c’est ici (en anglais) !


Sinon, on a vu plein d’autres trucs ! Il n’y avait que des films nordiques, donc beaucoup de petits villages, de pêcheurs, de montagnes enneigées et d’isolation. Ca aurait pu être répétitif, mais les films étaient de suffisamment bonne qualité. Au final, on pourra considérer que c’était une étude détaillée de la solitude et de son impact sur les familles dans les pays du Nord de l’Europe.

Au-delà de Returning Home et Fúsi, on a vu :

  • Sparrows, l’histoire d’Ari, 16 ans, qui se retrouve obligé d’aller vivre dans un village de pêche avec son père qu’il n’a pas vu depuis des années, lorsque sa mère quitte le pays
  • Rosita : Ulrik, père divorcé vivant dans un village de pêche au nord du Danemark, fait venir Rosita des Philippines pour partager son quotidien. La barrière de langue les empêche de se rapprocher, mais pas Johannes, le fils d’Urlik, lui anglophone.

Et 3 docus :

  • Bikes vs Cars, un documentaire qui nous emmène à Los Angeles, Sao Paulo et Copenhague pour comparer la place donnée (ou enlevée?) au vélo à travers le monde
  • Mother’s Wish (Äidin toive), d’un réalisateur finlandais, qui explore le lien maternel à travers 10 témoignages du monde entier
  • The Vanishing Act of Einar, sur un psychologue norvègien qui combat un cancer de la prostate en… marchant

Rosita

Rosita

Johannes habite avec son père, Ulrik, dans un petit village de pêche au Nord du Danemark. Il mène une vie tranquille avec sa petite amie Maja, et n’a pas de mal à trouver du travail sur les bateaux du village.

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Tout change avec l’arrivée de Rosita, une jeune Philippine pleine de vie qu’a fait venir Ulrik pour combattre la solitude qui est la sienne depuis son divorce. Cela semble être relativement courant dans cette région désertée, puisque Rosita retrouve une communauté entière d’expatriées Philippines.

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Alors qu’il refuse initialement de la côtoyer, Johannes se retrouve forcé de servir de traducteur à son père et à Rosita, qui n’ont pas de langue commune pour communiquer.

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Tous deux seuls et perdus, Johannes et Rosita se rapprochent dangereusement ; la tension monte lorsque Johannes trouve du travail à Rosita contre l’avis de son père, et lorsque Johannes doit cacher à son père que Rosita a laissé un enfant de 8 ans aux Philippines.

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Rosita se retrouve tiraillée entre le fils, jeune, plein de rêves, qu’elle comprend et qui la comprend, et le père, qui lui garantit une existence moins excitante mais beaucoup plus stable.


L’avis d’Arthur : Film touchant, sur les différences entre générations ; sur la différence de perspective, de comportement, et sur le conflit générationnel qui découle de ces différences. Johannes vit avec son père, qu’il respecte, mais il appréhende de « finir comme lui » ; il voit plus loin que le bourg de pêche où ils habitent, et n’est que trop conscient des limites de la vie de son père. Il ne peut s’empêcher de projeter cette vision sur Rosita, lorsque son père la fait venir. Au-delà de la complicité qui se développe entre eux, il ne peut croire qu’elle veuille de cette vie que lui propose Ulrik, car il la rejette lui-même. Ici, on voit mis en scène un affrontement entre le mode de vie de deux générations qui n’ont pas le même horizon, et peinent à se comprendre.

4 patates, car j’ai été déçu par la « résolution » de la situation, et par la fuite de Johannes – même si elle est sûrement la plus réaliste !

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L’avis d’Antoine :


Titre original : Rosita
Réalisé par Frederikke Aspöck
Danemark, 2015

Mother’s Wish

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Nous suivons 15 familles, soit 15 mères et leurs jeunes enfants, dans 10 pays : Finlande, Kazakhstan, Brésil, Inde, Russie, Chine, Australie, Islande, Kenya, Mexique, USA, Groënland, Canada, Ghana, Uganda.

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Ce documentaire contraste les témoignages de mères du monde entier, et montre ainsi l’universalité de la maternité et des sentiments maternels. On commence avec le réalisateur, Joonas, et sa mère ; celui-ci raconte un épisode médical lors duquel celle-ci est passée proche de la mort alors qu’il n’avait que 8 ans. Fils unique et sans père, le lien entre Joonas et sa mère est très fort, et cette première histoire sert à nous faire comprendre la motivation derrière ce film.

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Karen Nyberg, astronaute de la NASA, et son fils

On part ensuite de par le globe, avec notamment Karen Nyberg, de la NASA, qui raconte la distance avec son fils lors d’une de ses mission dans l’espace.

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Mises bout à bout, les narratifs de toutes ces mères donnent un aperçu touchant de la force de l’amour maternel et de la douleur qu’il peut entraîner, mais surtout de la résilience de ces mères et de ces enfants pour qui tout n’a pas toujours été rose. Quels qu’aient été les obstacles, ils ont été franchis, et le message du film est véritablement un message d’espoir.


Titre original : Äidin toive
Réalisé par Joonas Berghäll
Finlande, 2015

Ixcanul (Volcàn)

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La magnifique (tant émotionnellement que visuellement) histoire de Maria, du peuple des Kaqchikel au Guatemala. Entourés d’une nature aride et volcanique, Maria, 17 ans, jeune adulte, et sa famille, elle aussi aride et volcanique, sont proies à de nombreuses malchances.

Dans un monde chargé de tradition et où les filles sont bonnes à marier, elle rêve de s’enfuir, et d’un meilleur sort. Du mariage forcé à la grossesse non-voulue, jusqu’à la piqüre de serpent, tout semble voué à l’empêcher de réussir.

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On comprend également la situation précaire dans laquelle se retrouve cette famille lorsque la relation avec le propriétaire terrien qui les héberge tourne au vinaigre, et qu’ils sont forcés de plier bagages.

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Ce film magnifique a remporté l’Ours d’Argent à Berlin !


Ce qui ne manque jamais de me plaire, ce film réussit à dépeindre un environnement extrêmement exotique (vu de France, tout du moins), tout en y construisant des personnages crais, que l’on comprend et auxquels on peut s’identifier. Ainsi, on prend d’un même coup conscience de l’ampleur des différences entre différentes cultures, et des similitudes entre gens du monde entier.

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Ce film m’a également fait réfléchir sur les relations entre des paysans qui sont presque des serfs et leurs maîtres, sur la place des jeunes femmes dans certaines sociétés traditionnelles patriarcales, sur les médecines traditionnelles, et sur le rapport de plus en plus difficiles entre tranditions rurales et urbanisme.


Réalisé par Jayro Bustamante
Guatemala, 2015